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Beauvoir, Hélène De (1910-2001)

Beauvoir, Hélène De (1910-2001)

L’ensemble se compose de : - 414 lettres autographes signées. Au total 1062 pp. in-8 ou in-4, formats variés (273 x 215mm ; 174 x 104mm), en français. Encres noire, violette, bleue et brune sur papier. 1 lettre à Simone de Beauvoir ; 1 lettre à "Mad", Madeleine, sa cousine ; 2 lettres au père et à la mère ; 2 lettres à "Jeannette", sa cousine ; 1 lettre au père, Georges de Beauvoir ; 1 lettre au procureur de Paris ; tout le reste à sa mère, Françoise de Beauvoir ( traces de pliures ). - 65 cartes postales autographes signées, toutes à Françoise de Beauvoir, écrites depuis l’Italie, le Maroc, la France, la Croatie, le Portugal l’Espagne. [On joint : 22 lettres du père, Georges de Beauvoir, à sa fille]. Exceptionnel ensemble de lettres inédites d’Hélène de Beauvoir, couvrant les quarante-cinq premières années de sa vie. De l’enfance à l'affirmation en tant qu'artiste, cette correspondance offre un témoignage unique sur ses relations avec sa mère et sa soeur Simone de Beauvoir, ainsi que sur ses voyages et rencontres dans les milieux artistiques et intellectuels du XXe siècle. Hélène de Beauvoir, dite “poupette” depuis son plus jeune âge, signe ici une correspondance inédite d’une rare ampleur, tant par son volume et son étendue chronologique que par la richesse des sujets abordés. Au fil des lettres, des jeunes années jusqu’en 1957, date à laquelle elle retourne définitivement en France, l’artiste apparaît avant tout comme la fille attentionnée d’une mère dont elle est très proche, sa “chère petite maman” , mais aussi comme la cadette admirative et inquiète de l’autrice du Deuxième sexe. Dans ces lettres, desquelles émergent les plus grands noms de son époque ainsi que de nombreux événements marquants du siècle, Hélène de Beauvoir esquisse, de son regard de peintre, un tableau de la première partie du XXe siècle. 18 lettres d’enfance : portrait des jeunes filles de Beauvoir. Les lettres d’enfance et d’adolescence sont écrites lors des séjours estivaux dans les maisons de vacances de la famille, à Meyrignac et à La Grillère, pendant les vacances d’été, alors que les sœurs de Beauvoir passent leurs vacances loin du Cours Désir. Ces lettres témoignent de ces séjours familiaux, placés sous l’autorité de leur tante Hélène, soeur du père. Accompagnées de leurs cousins, Hélène et Simone s’adonnent à des activités enfantines. Hélène relate à sa mère les dernières anecdotes familiales, donnant des nouvelles de leurs tantes Hélène, Lili et Marguerite et de leurs cousines Madeleine et Jeanne. La peintre en devenir, qui semble écrire plus souvent et plus longuement que Simone, donne également des nouvelles de sa soeur, que l’on reconnaît déjà comme une future écrivaine et intellectuelle : “ Simone est désolée, archi désolée parce qu’elle n’aura pas de livre à lire dimanche ”. Ces lettres d’enfant montrent également la proximité entre la mère et sa fille, Hélène lui répétant combien son absence lui pèse : “ Ma petite maman, je commence à trouver le temps long sans toi ”. Les années 30 : voyages, liberté nouvelle et affirmation artistique. Dans sa vingtaine, Hélène de Beauvoir prend goût à la liberté et à l’indépendance. Après avoir difficilement convaincu ses parents de la laisser passer son baccalauréat, la jeune femme découvre sa vocation : la peinture. Elle intègre alors un atelier de dessin puis l’Ecole Art et Publicité - ses parents ayant refusé qu’elle entre aux beaux-arts - où elle se forme à la gravure puis à l’eau-forte. Elle connaît également ses premiers amants, dont Lionel de Roulet, élève de Sartre et son futur mari. Accompagnée de ces derniers, Hélène entreprend ses premiers grands voyages, aussi bien en France qu’en Europe, comme en témoignent les nombreuses cartes postales envoyées à cette période (Madrid, Tolède, Ségovie, Avila, Saragosse, Italie, Florence, Rome, Naples). Les lettres témoignent aussi de sa construction en tant que jeune artiste, ces voyages jouant un rôle central dans l’affinement de son regard de peintre. Chacun d’eux est l’occasion pour la jeune femme de visiter les plus grands musées européens : le Prado à Madrid, le musée del Greco à Tolède, les musées du Vatican à Rome ou encore le musée Bargello à Florence. Elle rencontre également plusieurs artistes, parmi lesquels le sculpteur Emiliano Barral à Madrid. C’est à cette époque que débute véritablement sa carrière : en 1936, à l’âge de 25 ans, Hélène expose ses toiles pour la première fois, à Paris, dans une exposition entièrement financée par sa soeur. Picasso, qui visite l’exposition, juge son travail “intéressant” et affirme que sa “peinture est originale”. 1940 et la guerre : “Simone en a-t-elle [des nouvelles] de Merleau-Ponty, Sartre, Guille ? Que de gens dont on ne sait rien. Qui retrouvera-t-on ? Quel cataclysme” (9 juin 1940) Ce “cataclysme” de la Seconde Guerre mondiale, Hélène le vit en exil au Portugal. Lorsque la guerre commence, Simone, grâce à son salaire de professeur, paye le voyage à sa petite soeur afin qu’elle puisse rejoindre Lionel au Portugal. Le 12 mai, Hélène arrive au Portugal après un long voyage (“ Enfin je suis à Faro – mais quel voyage ”). Commence alors la plus longue partie de la présente correspondance, montrant en détail les difficultés du quotidien dans l’Europe en guerre. Les lettres de cette période sont teintées par la tristesse de l’exil et l’angoisse des événements qui bouleversent tout un continent (“ Le présent n’est pas gai. Je suis certaine que l’avenir sera meilleur ”, lettre du 9 juin 1940). Ces premiers mois au Portugal sont marqués par la vive inquiétude d’Hélène pour sa mère, sa soeur, ainsi que ses amis restés à Paris. À sa soeur, Hélène confie toutes ses angoisses quant à son quotidien sous l’occupation : “ Bien que ma vie soit ici la plus facile possible, je m’ennuie de Paris à un point que tu peux à peine imaginer – et de toi j’espère que tu te l’imagines. Si du moins je pouvais être sûre que tu n’es pas malheureuse. Je ne sais même pas où tu habites [...] J'espère que tu n’as pas froid et que tu manges à ta faim ” (lettre à Simone datée de 1940). Au fil des mois, Hélène, jusqu'alors la cadette protégée par Simone, apparaît comme une soeur protectrice, inversant les rôles avec son aînée : elle envoie, à plusieurs reprises, des vivres à sa famille, ou encore veille à ce que Simone soit bien habillée pour l’hiver (“ si maman a gardé mon joli tailleur, dis-lui de te le donner ”, lettre à Simone datée de 1940). À sa mère, Hélène fait part des mêmes inquiétudes : “ Il y a bien longtemps que je n’ai eu de tes nouvelles et je m’inquiète fort de ce nouvel hiver. Pourvu qu’il ne soit pas trop froid ” (carte postale de 1943). À sa “Mone chérie”, Hélène écrit également sa désolation de n’avoir que très peu de nouvelles de sa part. On reconnaît ici un élément récurrent de la relation entre les deux soeurs, qui n’est pas propre à ces années d’exil : “ Je n’arrive pas à avoir de tes nouvelles et tu imagines comme j’en souffre ” (lettre à Simone de Beauvoir, datée de 1940). C’est le plus souvent à leur mère qu’Hélène fait part de sa frustration : “ Je suis très triste de ne jamais voir l’écriture de Simone. Elle pourrait m’envoyer des cartes. Est-ce qu’elle peut manger à sa faim ? (...)” ou encore “ Dis à Simone que j’espère qu'elle va se décider à m’écrire ” (lettre du 18 décembre 1944). Finalement, les deux sœurs se retrouvent au printemps 1945, à Lisbonne : “ J’espère bien recevoir Simone ce mois-ci, si Dieu et les Portugais le permettent ” (lettre du 19 janvier 1945) écrit Hélène à leur mère, quelques mois avant l’armistice. Outre ce cadre familial, Lionel et Hélène, autrefois proches du groupe d’intellectuels rassemblés autour de Sartre et Beauvoir, n’ont de cesse de demander des nouvelles de ceux qui n’ont pu quitter la France : “ Lionel s’inquiète énormément de Sartre et voudrait bien de ses nouvelles ” (lettre à Simone datée de 1940), ou encore “ que deviennent Merleau-Ponty, Guille, Paulhan ?” (lettre à Simone datée de 1940). Lors de la libération, c’est à eux qu’Hélène pense en premier : “ On a cité à la radio Sartre parmi les écrivains ayant résisté ” (lettre du 5 octobre 1944). En effet, malgré le contexte, Hélène essaie de maintenir un lien avec la vie intellectuelle française et achète le premier roman de sa soeur, l’ Invitée , à prix d’or à Lisbonne : “ Ce que tu me dis du livre de Simone m’a fait très plaisir. Je l’ai acheté très cher : payer 65 écus pour le livre de ma propre soeur ! Et je le fais lire le plus possible autour de moi ” (lettre du 13 octobre 1943). En outre, malgré le contexte difficile, Hélène recommence à travailler. En 1943, elle apprend pourtant que son atelier parisien, loué par Simone, a été vidé de toutes ses toiles et écrit au procureur pour porter plainte pour vol le 15 décembre de la même année. Mais ces cinq années au Portugal seront fécondes pour son travail : elle y réalise une centaine de toiles et organise une exposition dans la capitale portugaise. Dans ses lettres, elle prend plaisir à tenir sa mère au courant de ses dernières créations : “ Je me suis remise à la peinture et j’ai pas mal de travail ” (lettre du 19 septembre 1941). Elle multiplie alors les projets : monter une exposition au Portugal, parfaire sa technique du burin, ou encore illustrer le premier roman de Simone : “ J’ai lu l’autre jour un grand éloge du livre de Simone (...) Dis-lui que je commence à l’illustrer et ne me consolerais pas si elle choisissait un autre illustrateur que moi ” (lettre du 29 janvier 1944). Finalement, ce travail donnera lieu à une exposition à Lisbonne le 20 février 1943 : “ Je t’écris en toute hâte, ayant une exposition à Lisbonne le 20 février. Je fais tous mes cadres moi-même et c’est un énorme travail, en plus du reste ” (lettre du 8 février 43). Une fois la guerre finie, le couple revient brièvement à Paris avant de repartir à Vienne à l’automne 1945, Lionel y ayant obtenu un poste de diplomate. De son regard de peintre, Hélène, apaisée par la fin de la guerre, décrit Vienne en automne : “C’est une ville belle et pleine de charme. Il y a des arbres et des jardins partout et avec ce beau soleil d’automne c’est merveilleux ” (lettre du 27 octobre 1945). Les années 50 : l’Italie, les expositions et le retour à Paris. Les années 50 sont à nouveau marquées par de nombreux déménagements. Le couple s’installe rapidement au Maroc, avant de partir pour l’Italie où Lionel est nommé au ministère des Affaires étrangères. Entre Milan, Florence et Venise, Hélène fait le récit de sa vie mondaine en Italie, dans les milieux bourgeois des expatriés français. Aux côtés de son mari, ils reçoivent beaucoup, notamment des artistes, dont Cocteau en mars 1953. Hélène évoque avec joie cette visite : “ Lundi nous attendons Cocteau ce qui nous changera des visites plutôt ennuyeuses reçues jusqu’à ce jour ” (lettre du 19 mars 1953). Les rencontres qu’elle fait, ainsi que ses voyages en Italie, inspirent son travail. L’Italie constituera une période enrichissante au cours de laquelle Hélène travaille sans relâche (“ j’ai beaucoup travaillé et je meurs de sommeil ” (7 mai 1952). Comme toujours, ses voyages nourrissent son œuvre et inspirent ses toiles. Lors d’un voyage à Venise, elle écrit : “ Demain, laissant Lionel (...) j’irai à Venise barbouiller des carnets de croquis et des blocs d’aquarelle et je rentrerai le soir pour diner ” (lettre du 7 mai 1956). Les années 50 signent le succès d’Hélène en tant qu’artiste : elle fait l’objet de six expositions en Europe, dont une à Milan : “ A Milan, l’exposition s’est terminée aussi vite qu’elle a commencé et j’ai vendu 12 toiles sur 24 .” (lettre du 19 juin 1953). Elle poursuit également le projet d’une collaboration avec Simone : (“ J’ai fait 22 aquarelles pour l’Invit ée ”, lettre du 21 février 1952 ) ; mais illustrera finalement un autre roman de Simone, La femme rompue, paru en 1967. La correspondance s’achève en 1957, lorsque Lionel est nommé à Paris. Ce retour dans la capitale française a lieu dix-huit ans après le départ du couple pour le Portugal : “ J’allais t'écrire pour te dire de venir quand cela t’arrangeait au mois d’août - et voilà tout notre été bouleversé mais sans que nous trouvions à plaindre. Lionel va en effet avoir un nouveau poste, mais pas à Valparaiso ou à Mexico : à Paris [souligné]” (lettre du 15 juillet 1957). Françoise de Beauvoir, principale destinataire des lettres, meurt six ans plus tard en 1963. Le retour en France est marqué par un ultime déménagement, cette fois-ci en Alsace. La correspondance ici présente ne le dit pas, mais le couple s’installe dans une ancienne ferme, à Goxwiller, dans laquelle Hélène restera jusqu’à sa mort. Par ailleurs, c’est au musée Würth, en Alsace, que la première rétrospective de son œuvre est organisée en 2018. C’est dans cette région que l’artiste débute son engagement politique en faveur des femmes, à la suite de sa soeur. Elle devient alors présidente de l’association SOS Femmes Alsace pendant deux ans. Ces années au service de la cause féministe impacteront durablement son œuvre, à travers des tableaux tels que “Les femmes souffrent, les hommes jugent” ou “La chasse aux sorcières est toujours ouverte”. Exceptional collection of unpublished letters by Hélène de Beauvoir, spanning the first forty -five years of her life. From childhood to her emergence as an artist , this correspondence offers a unique insight into her relationships with her mother and her sister , Simone de Beauvoir, as well as her travels and encounters within the artistic and intellectual circles of the twentieth century.

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